20 co**eries que la science a documentées mais qu’on refait quand même

20 co**eries que la science a documentées mais qu’on refait quand même.
2/20. Le biais rétrospectif.

Il y a des lois qui ne changent pas. Comme la gravité. Ou le collègue qui réchauffe son saumon à l’aneth dans le micro-ondes du bureau.

Une autre, moins scientifique mais tout aussi tenace : on est tous persuadés d’avoir tout vu venir.

On se fait larguer. Soudain, ses messages étaient « tellement ambigus ». Ses silences ? « Lourds de sens ». La veille, on trouvait ça normal.

On réserve un hôtel sur Booking. Les photos semblent « suspectes » après coup. Alors qu’avant, elles étaient très correctes ces photos !

Un krach boursier éclate. Tout LinkedIn « l’avait senti ». La veille, ces mêmes experts postaient des analyses d’une sérénité à faire pâlir un moine bouddhiste.

En 1975, Fischhoff et Beyth ont monté l’expérience de référence.

Avant le voyage de Nixon en Chine, ils ont demandé à des étudiants d’estimer la probabilité de quinze événements possibles.

Une fois le voyage terminé, ils sont revenus vers ces mêmes étudiants : « Alors, qu’aviez-vous prédit, déjà ? »

Verdict : ils se rappelaient avoir donné plus de chances aux événements qui s’étaient produits, et moins à ceux qui n’avaient pas eu lieu.

Leur mémoire avait réécrit l’histoire pour qu’elle colle à la réalité. Comme Jean-Michel consultant qui réécrit le brief du projet après livraison pour que ça corresponde exactement à ce qui avait été demandé.

Ce biais ne touche pas que les novices. En 1981, Arkes et ses collègues l’ont retrouvé chez les médecins, les juges, les analystes financiers.

Plus on est expert, plus on est exposé. L’expérience donne une confiance démesurée dans sa capacité à relire le passé avec les lunettes de la clairvoyance.

Et même prévenu, on ne s’en débarrasse pas.

Slovic et Fischhoff l’ont prouvé en 1977. Se dire « attention au biais rétrospectif » réduit un peu l’effet, mais ne l’élimine pas. (bon, on est d’accord, personne ne se dit jamais « attention au biais rétrospectif »).

C’est comme essayer d’écraser un moustique avec une tapette en mousse. On frappe, il continue à tourner autour des oreilles la nuit. (bzzzz bzzzz bzzzz, infernal !)

La sensation d’avoir compris son échec est trop gratuite pour que la prochaine fois, on y voit mieux.

On reconstruira juste l’illusion d’avoir vu.

C’est pour ça que nos échecs nous apprennent si peu : on croit déjà savoir.

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