On a mis 5 000 écoles américaines sous clé. Littéralement.
Une interdiction est la réponse de quelqu’un qui a identifié un objet là où il aurait dû identifier un comportement.
Six chercheurs de Stanford, Duke et Michigan viennent de publier une étude de référence. Ils ont équipé 4 607 écoles américaines de pochettes magnétiques verrouillables. Les élèves y déposent leur téléphone en arrivant. Les pings GPS sur les campus baissent de 30 % en trois ans. Les usages personnels en classe tombent de 61 % à 13 %.
Le téléphone est hors circuit. Et alors ?
Les notes n’ont presque pas bougé. L’effet moyen sur les scores standardisés est proche de zéro. En lycée, un gain de 0,9 point de percentile en mathématiques. En collège : légèrement négatif. Absences : inchangées. Attention en classe : inchangée.
La première année, les incidents disciplinaires ont augmenté de 16 %. Le bien-être des élèves a chuté. C’est le signe de quelqu’un à qui on retire quelque chose sans lui donner quoi que ce soit à la place.
Tocqueville observait que les sociétés démocratiques préfèrent les solutions visibles aux solutions efficaces. La pochette verrouillée est visible. Elle se photographie dans un communiqué de presse. Elle rassure les parents, soulage les ministres.
Ce que les données montrent est plus inconfortable : supprimer la distraction ne crée pas la concentration. L’élève sans téléphone trouve autre chose. La conversation à voix basse. L’agitation tranquille qui ne se mesure pas.
On as peut-être cru que le problème était dans la poche (et moi le premier à vrai dire). L’étude dit autre chose : l’attention est une compétence. Comme lire, comme compter, elle s’enseigne, se pratique, se perd. Aucune interdiction n’a jamais fabriqué une compétence.
Le problème n’est pas l’objet. Il est dans ce qu’on n’a pas appris.
Lien de l’étude : https://www.nber.org/papers/w35132
