« Maman, tu aimes ton téléphone plus que moi ? »

« Maman, tu aimes ton téléphone plus que moi ? »

 C’est la question d’une petite fille, rapportée en 2018. C’est le titre d’une étude publiée le 18 juin dans Frontiers in Psychology. Et c’est déjà un joli cas de photocopie : à chaque copie, la nuance s’efface un peu plus.

 Trois étages.

 Rez-de-chaussée, l’étude.

 600 adolescents américains. Ceux qui perçoivent leur parent comme absorbé par son téléphone déclarent aussi un attachement plus insécure. Corrélation robuste, échelle bien construite, travail propre. Les auteurs listent eux-mêmes leurs limites : pas de causalité possible, perception uniquement (le comportement réel des parents n’est jamais mesuré), items émotionnels qui recoupent le questionnaire d’attachement. Un bon papier qui se connaît.

 Premier étage, le communiqué.

 Titre : « Teenagers whose parents are more distracted by phones are more insecure ». Le papier mesurait une perception d’adolescents. Le titre affirme un fait sur les parents. Glissement discret : personne n’a menti, tout le monde a arrondi.

 Deuxième étage, la presse.

 Inc com affirme que le temps que les parents passent sur leur téléphone « impacte » le bien-être des ados. Détail amusant : le temps d’écran parental n’a jamais été mesuré dans l’étude. Pas approximativement. Jamais.

 Bonus : Inc. annonce des ados de 12 à 18 ans, l’étude dit 12 à 17. Quand même la démographie de base ne survit pas à la copie, imaginez les nuances méthodologiques.

 Car trois lectures restent compatibles avec les données.
 -> Un. Le parent scotché à son écran fragilise l’attachement de l’ado.
 -> Deux. L’ado à l’attachement anxieux interprète chaque coup d’œil parental au téléphone comme un rejet. Même corrélation, flèche inversée.
 -> Trois. Un troisième facteur (climat familial, santé mentale parentale) produit les deux.

 Faut-il pour autant continuer à scroller pendant que votre ado vous parle ?

 Non.

 Mais pas parce que cette étude le prouve. Parce que c’est facile, réversible, et que contrairement aux autres facteurs de risque d’attachement, celui-là dépend entièrement de vous.

 ET que c’est surtout super pénible (je reste poli) quand on parle à quelqu’un et qu’il regarde son smartphone en même temps.

 Le reste, la prudence, les flèches causales qu’on ne sait pas orienter, les constructs qui se chevauchent, tout est écrit noir sur blanc dans la section limites du papier.

 C’est évidemment la partie que les communiqués de presse ne reprennent jamais.

Source : Grant et al. (2026), Frontiers in Psychology, doi 10.3389/fpsyg.2026.1766665 (open access).
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Eudonia

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