Allmen ne veut pas dire ce que vous croyez. C’est pour ça que ça met les hommes en colère.

Allmen ne veut pas dire ce que vous croyez. C’est pour ça que ça met les hommes en colère.

 Ce post s’adresse à vous, les hommes. Et je sais d’avance que la moitié d’entre vous va commenter pour me dire que j’ai tort.

 Ça fait longtemps que je veux écrire ce post. Je le sais casse-g*eule. Mais à un moment, il faut aussi que des hommes le disent, avec leurs mots, à d’autres hommes.

 Ce qui m’a décidé : l’autre jour, je lis un texte sur Allmen écrit par une femme.

 Dessous, les commentaires des hommes qui radotent, encore et encore. « Non, pas moi. » « Non, on n’est pas tous des agresseurs. »

 J’ai mis du temps à comprendre Allmen. Longtemps, j’ai réagi comme eux.
 Comme vous.

 C’est vrai. Vous n’êtes pas tous des agresseurs. Et ça ne règle rien.

 Parce qu’Allmen n’a jamais dit que tous les hommes agressent.

 Allmen dit que toutes les femmes, dans la rue, dans un parking mal éclairé, dans un café, à une table de famille, peuvent voir en chaque homme un agresseur potentiel.

 La nuance est immense. Et elle nous échappe parce qu’elle ne nous coûte rien.

 Un exemple.

 Une femme qui marche seule le soir ne calcule pas vos intentions. Elle calcule sa sécurité. Elle change de trottoir, elle serre ses clés, elle accélère. Aucune insulte là-dedans. Juste une probabilité appliquée à un inconnu.

 Les viols, les agressions sexuelles : 99 % des condamnés sont des hommes.

 Les violences conjugales : 85 % des auteurs, des hommes encore. (Source SSMSI, ministère de l’Intérieur.)

 Pas une autre femme. Un homme.

Et la menace ne porte pas toujours l’imperméable du rôdeur.
 9 victimes de violences sexuelles sur 10 connaissent leur agresseur.
 L’oncle, le père, le frère, le conjoint. Elle dîne souvent à la même table. Voilà ce qui rend la peur rationnelle, pas excessive.

 Notre colère devant Allmen défend une réputation collective au lieu de regarder ces chiffres. On se vexe d’être soupçonné, au lieu de se demander pourquoi le soupçon existe.

 Sur cet exemple, il existe pourtant un geste simple, et il nous appartient.

 Plutôt que d’attendre qu’une femme s’écarte de vous dans une rue déserte, anticipez. Changez de trottoir le premier. Ralentissez. Mettez de la distance pour qu’elle n’ait pas à la créer.

 Ce n’est pas une humiliation. C’est une politesse, la plus haute qui soit : celle qui rassure sans qu’on l’ait demandée.

 Et enseignez-le à vos garçons. Non comme une honte, mais comme une évidence. Pas « les femmes exagèrent », mais « rends-toi lisible, rends-toi prévisible ».

 L’homme qui comprend Allmen ne se sent pas accusé. Il se sent responsable.

Et ça sépare l’enfant vexé de l’adulte.

 Le vrai courage, ce n’est pas de crier qu’on est innocent. C’est de rendre l’innocence visible.

 Alors je vais être direct.

 Si en lisant ça vous serrez les dents, ce n’est pas Allmen le problème.

C’est vous.

 Et la bonne nouvelle, c’est que vous pouvez changer de trottoir dès ce soir.
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Eudonia

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