Et si l’IA nous forçait à lire davantage ? La nature humaine, depuis…

Et si l’IA nous forçait à lire davantage ?

La nature humaine, depuis que Gutenberg a mis le moine copiste au chômage technique, applique la loi du moindre effort, et lire en fait évidemment parti.

La paresse étant la mère de quelques inventions utiles, et de toutes les autres, on ne s’étonnera pas que les grands modèles de langage, dernier-nés de cette filiation industrieuse, viennent aujourd’hui réclamer le trophée.

GPT-5.2 lit. Claude opus 4.7 lit. Gemini lit.

Ils engloutissent traités, thèses, romans, mémoires de recherche, et nous en restituent l’essentiel en quelques lignes calibrées, dépourvues de cette odeur fâcheuse que dégagent parfois certains livres qu’on a véritablement ouverts.

Quel soulagement, vraiment, de pouvoir converser de Spinoza dans un dîner sans avoir subi Spinoza.

Les esprits chagrins, race tenace que je rejoins volontiers les soirs de pluie, objectent que ces machines hallucinent.

Le terme est aimable, puisqu’il faudrait pour halluciner percevoir, ce dont elles sont incapables : disons qu’elles inventent, comme un oncle au repas de Noël, avec moins de vin et davantage d’aplomb.

Les optimistes rétorquent que GPT-6 ne se trompera plus, que Claude opus 5 sera infaillible, et que demain, naturellement, sera un jour meilleur.

Survient l’Anssi, dont le nom évoque vaguement un fromage régional mais qui rappelle, dans son rapport sur l’IA générative, une broutille : ces oracles peuvent être corrompus.

Injection de prompts, empoisonnement de données, sabotage discret des résultats d’entreprise.

Le cybercriminel s’est mis au goût du jour avec la même ardeur qu’un coach en développement personnel reconverti dans la blockchain.

Traduction pour les âmes pressées : ton résumé automatique peut avoir été rédigé, à ton insu, par un cybercriminel ukrainien à 4 heures du matin.

J’avoue m’être surpris un dimanche soir vers 23 heures, à demander à la machine le résumé d’un livre posé sur ma table de nuit, ouvert page 12 depuis 3 semaines. Le résumé fut impeccable. Le livre attend toujours.

Puisque tout le monde écrit désormais par procuration, et que la procuration peut être truquée, il faut bien que quelqu’un, quelque part, daigne encore lire.

Il ne reste alors qu’une parade, archaïque, vexante et presque grossière dans sa simplicité : Décrypter les textes. Les analyser. Les confronter.

Lire, en somme, et non par machine interposée.

Grande époque pour ceux qui savent encore tourner une page, petite époque pour ceux qui croyaient s’en dispenser.

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