On a confondu deux verbes : « produire » et « maîtriser ».
L’IA génère du code, des workflows, des analyses, des applications.
Vite.
Très vite.
Et comme ça sort vite et que ça a l’air propre, on en conclut qu’on a fait quelque chose.
On confond la fluidité de la production avec la solidité du résultat.
Les psychologues appellent ça la fluency heuristic : ce qui vient facilement à l’esprit nous paraît plus vrai, plus solide, plus maîtrisé.
Rozenblit et Keil ont montré en 2002 qu’on surestime massivement à quel point on comprend les systèmes qu’on manipule, l’illusion de profondeur explicative.
L’IA est une machine à fabriquer cette illusion à l’échelle industrielle.
Le problème n’arrive pas pendant la production. Il arrive après.
Quand il faut tester, sécuriser, maintenir, superviser, faire comprendre à un humain ce que la machine a pondu un mardi à 14h.
Là, le code généré en trois secondes coûte trois mois à débugger.
Le workflow automatisé en une après-midi devient ingouvernable en six mois. La dette technique, elle, n’a jamais lu une seule étude sur la productivité de l’IA.
La bonne question n’est pas « à quelle vitesse l’IA produit ».
On connaît la réponse, c’est vertigineux.
La question est : qui paie l’addition quand il faut faire tourner, réparer et faire confiance à ce qui a été généré.
Parce que la production est devenue gratuite.
Les conséquences, non.
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