20 c*nneries que la science a documentées mais qu’on refait quand même.
Épisode 5 : confondre l’âge et la génération.
J’ai fait une découverte. Plus les gens vieillissent, plus ils achètent de lunettes de presbytie. Et plus ils achètent de lunettes de presbytie, plus ils se déclarent sages. Corrélation : 0,97.
Conclusion évidente : la presbytie rend sage. Offrez des lunettes à vos ados, vous gagnerez des années de thérapie.
Sauf que non. Les deux courbes montent ensemble parce qu’elles dépendent de la même chose : l’âge. Aucun lien entre les deux. Juste un facteur commun qui les tire dans le même sens. On peut faire corréler à peu près n’importe quoi de cette façon.
Je raconte ça parce que cette semaine, un magazine nous apprend que les gens nés entre 1960 et 1980 possèdent une « résilience d’adaptation » devenue rare. Les psys seraient « formels ». Et c’est exactement la même c*nnerie, en mieux déguisé.
D’abord, l’article ne cite aucune étude vérifiable. Pas une référence, pas une publication, pas un chiffre. Juste « les études montrent » et « les chercheurs appellent ça ».
Le concept central qu’il met en avant, la « flexibilité cognitive contextuelle », n’existe pas dans la littérature. Le mot sonne savant, il ne renvoie à rien. Et les deux noms connus cités, Cyrulnik et Dortier, parlent de résilience et d’ennui en général, pas d’une supériorité de la génération X. Ils servent de caution, pas de preuve.
Ensuite, et c’est le coeur, la c*nnerie a un nom : le problème âge – période – cohorte. Quand on compare à un instant T des gens de 25, 50 et 70 ans, une différence peut venir de trois choses.
De l’âge qu’ils ont aujourd’hui.
De l’année où ils sont nés.
De l’époque de la mesure.
Ces trois effets sont confondus, inséparables sans un suivi sur des décennies. Une photo prise maintenant ne dit pas si la prudence d’un sexagénaire vient de sa génération ou simplement du fait qu’il a soixante ans.
Donc attribuer une vertu à « la génération 1960 1980 », c’est confondre « avoir 55 ans » avec « être né en 1970 ». Comme confondre la presbytie et la sagesse.
Le test qui tue : quand cette même cohorte avait 25 ans, on l’appelait la génération désabusée, sans repères. Les mêmes gens, vingt ans plus tôt, décrits comme l’exact opposé. Et dans vingt ans, on écrira les mêmes éloges attendris sur les millennials devenus quinquas. Le compliment ne suit pas la génération. Il suit l’âge mûr.
Pourquoi ça revient en boucle ? Parce que c’est flatteur, et que la flatterie se partage. « Vous faites partie des élus » est un excellent moteur de clic. La rigueur statistique, beaucoup moins.
On ne découvre pas une génération exceptionnelle. On vieillit. C’est moins vendeur, mais c’est plus vrai.
——
Eudonia
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