On ne parle pas trop : on se tait mal.
Il y a le silence qui écoute, et celui qui recharge.
Regardez n’importe quel débat à la télé. Quand l’un parle, l’autre se tait, d’accord. Mais il n’écoute pas, il attend. On voit très bien le moment où il a trouvé sa phrase. Il hoche la tête un peu trop vite, il prend son inspiration, et à partir de là plus rien ne peut l’atteindre.
J’ai longtemps cru que c’était une maladie de plateau télé. Et puis je me suis vu faire pareil en réunion. Au dîner aussi, d’ailleurs. Sans parler des commentaires LinkedIn, où l’on a souvent fini sa réponse avant d’avoir fini de lire le post.
Des chercheurs ont même mesuré le truc. Entre deux répliques, on laisse en moyenne 200 millisecondes, alors qu’il en faut plus de 600 pour sortir un seul mot. On prépare donc tous notre réponse pendant que l’autre parle encore. Le problème commence quand plus rien de ce qu’il dit ne peut la faire bouger.
À six mois de la présidentielle, je ne vois pas bien comment ça va s’arranger. Chaque camp a ses réponses prêtes avant les questions. Ça s’appelle des éléments de langage, et c’est toujours les autres qui en ont. Je ne vous parle même pas du reste du monde, où certaines trêves ressemblent furieusement au silence qui recharge.
Sur ce, je me tais. Mal, sans doute.
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