Dans une rue finlandaise, deux petits robots de livraison restent coincés sur une bordure de trottoir.
Roues qui patinent, machines bloquées. Quelques passants ne remarquent rien. Puis une personne s’arrête. Puis un automobiliste descend carrément de sa voiture pour les aider.
Je ne vais pas vous dire ce que ça « prouve ». Ça ne prouve rien. C’est une scène isolée, sans groupe de comparaison, filmée au smartphone. En tirer une thèse sur la nature humaine, ce serait exactement l’erreur que je passe mon temps à débusquer.
Mais ça pose une question que je trouve, elle, parfaitement légitime.
Aide-t-on un robot comme on aide un humain ?
Et si la réponse était non, dans quel sens ?
L’intuition spontanée, celle qu’on lit partout sous ce genre de vidéo, c’est : « regardez, on s’attache aux machines, l’empathie homme-robot émerge ».
Je me demande si ce n’est pas l’inverse.
Aider un humain en difficulté, ça coûte. Pas physiquement : socialement.
On peut mal faire. On peut vexer. On peut se tromper sur ce dont l’autre a besoin.
Demandez à une personne en fauteuil ce qu’elle pense des mains anonymes qui poussent son fauteuil sans rien demander : c’est au mieux infantilisant, au pire dangereux.
Aider un humain, c’est prendre le risque d’un « non », d’un regard, d’un jugement. Il y a un amour-propre en face, une autonomie, une frontière.
Le robot, lui, n’a rien de tout ça.
Pas d’amour-propre à froisser. Pas de « non ».
Aucun geste qui puisse blesser ou humilier. Aucune ambiguïté sur le fait qu’il soit bloqué : il l’est, point.
L’aide est univoquement utile et sans le moindre enjeu relationnel.
Alors voici ma question, et je la laisse ouverte parce que je n’ai pas de quoi y répondre sérieusement : le jour où l’on aidera un robot plus volontiers qu’un humain, est-ce que ça parlera de notre tendresse pour les machines… ou de la peur qu’on a des autres ?
Je ne tranche pas. Mais j’ai du mal à voir de l’attachement émotionnel là où je soupçonne, surtout, une absence d’enjeu.
Et ça, ça ne dit rien sur les robots.
Ça dit quelque chose sur nous.
Crédits vidéo : ABC News
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