Un post passe dans mon fil. Quelqu’un y décortique deux mots. « Sans…

Un post passe dans mon fil. Quelqu’un y décortique deux mots.

« Sans bruit. » Si tu écris ça, c’est de l’IA. Tu es cramé, paraît-il.

Cramé de quoi ?

On en est là, en 2026. Des gens consacrent leur énergie à traquer un adverbe, une tournure, un mot trop lisse dans les posts des autres. Et quand ils le repèrent, ils lèvent le doigt.

« Ça, c’est du ChatGPT. »

Il y avait une satisfaction dans ce post. Celle du gamin qui trouve la réponse avant les autres. Peu importe que la réponse ne mène nulle part.

Car la seule question qui compte, personne ne la pose : est-ce que le contenu t’a apporté quelque chose ?

Est-ce que tu as appris un truc ?
Est-ce que ça a changé ta façon de voir un sujet ?

Si oui, qu’est-ce que ça peut bien faire que l’auteur ait tapé chaque mot seul ou qu’il se soit appuyé sur un outil pour structurer sa pensée ?

On ne demande pas à un architecte s’il dessine ses plans à la main ou sur logiciel. On regarde le bâtiment. On vérifie qu’il tient debout.

Cette chasse aux mots rappelle un vieux réflexe. Quand Internet est arrivé, on méprisait ceux qui cherchaient sur Google au lieu de fouiller dans les encyclopédies. Même mépris. Même impasse.

Derrière tout ça, une hiérarchie implicite. Ceux qui écrivent seuls seraient plus légitimes. Les autres, des tricheurs qu’on démasque.

Un post creux restera creux, avec ou sans IA.
Un post utile restera utile, quel que soit l’outil.

La valeur n’est pas dans la méthode. Elle est dans ce qui arrive au lecteur.

Certains utilisent l’IA pour formuler ce qu’ils pensent depuis des mois sans trouver les mots. D’autres pour arrondir un mail qu’ils savent trop sec. D’autres pour oser dire ce qu’ils auraient gardé pour eux.

On voudrait les cramer pour ça ?

Arrêtons de jouer les douaniers de la syntaxe.

Juge le fond. Pas la tuyauterie.
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Eudonia
eudonia . fr

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