L’IA ne t’aide pas. Elle t’amplifie.
Un ampli ne joue pas de musique.
Il amplifie ce que tu lui donnes.
Tu branches un guitariste qui connaît ses gammes, son phrasé, le silence entre deux notes. L’ampli transforme la pièce. Les murs vibrent.
Tu branches quelqu’un qui gratte trois accords sur une guitare désaccordée. L’ampli ne corrige rien. Il pousse le volume. Les fausses notes deviennent juste plus fortes.
L’IA fonctionne exactement comme ça.
On nous répète que ChatGPT va « démocratiser le savoir ». Qu’un étudiant en zone rurale apprendra comme à Harvard. Qu’un patient comprendra son diagnostic aussi bien qu’un médecin.
Le MIT vient de publier une étude qui raconte l’inverse.
Les chercheurs ont testé GPT-4, Claude 3 et Llama 3.
Résultat : les modèles donnent des réponses moins précises, moins fiables aux utilisateurs les moins formés.
Ils refusent même de répondre à certaines questions, alors qu’ils y répondent correctement pour d’autres profils.
Moins tu en sais, moins l’IA t’aide.
Retour à l’ampli.
Il ne t’apprend pas le jazz. Il ne te fait pas découvrir Coltrane. Il ne corrige pas ton oreille.
Tu mets du Julien Doré en entrée, tu obtiens du Julien Doré plus fort en sortie. Pas meilleur. Juste plus fort. L’ampli ne crée rien. Il révèle.
Et c’est là que le discours se perd.
On déploie l’IA dans l’éducation, la santé, les services publics.
Exactement là où les gens sont les moins outillés pour évaluer ce qu’elle renvoie.
On leur file un Marshall 100 watts sans vérifier ce qu’ils branchent dessus.
Le problème n’est pas l’accès. C’est ce qui existe avant. La capacité à formuler la bonne question. À découper un problème. À sentir quand la réponse sonne faux, comme une note qui grince, qu’un non initié n’entend pas.
Démocratiser l’ampli sans former l’oreille, c’est monter le volume pour développer le bruit.
Lien vers l’étude : https://arxiv.org/abs/2406.17737
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Eudonia
eudonia . fr
