47 minutes de call. Puis le néant total.
Trois relances. Trois fois rien.
Pas un « non merci ». Pas un « finalement on a choisi quelqu’un d’autre ». Pas même trois mots sur un écran.
Le vide intersidéral.
Tu avais préparé ce rendez-vous la veille au soir, penché sur ton bureau, à éplucher leur site, leur page LinkedIn, les trois dernières actus publiées. Tu avais noté deux questions sur un post-it jaune collé au bord du clavier.
Le call avait duré quarante-sept minutes. Ils posaient des questions, prenaient des notes, hochaient la tête à l’écran. Tu sentais que ça mordait. À la fin, tu avais calé les prochaines étapes — une visio de suivi le jeudi d’après, un créneau verrouillé, un compte-rendu envoyé dans l’heure.
Tout le monde souriait en raccrochant.
Le jeudi, tu envoies un message de confirmation. Rien. Tu te dis qu’ils sont débordés. Le lundi, tu relances, courtois. Mardi, tu vérifies tes spams. Mercredi, tu rédiges un troisième message, plus court, avec cette formule que tu détestes taper : « Je me permets de revenir vers toi… »
Silence.
Tu rafraîchis ta boîte comme on tourne la poignée d’une porte qu’on sait fermée. Par réflexe. Sans espoir.
Ce qui use, ce n’est pas le refus. Un « non » se digère. On comprend, on ajuste, on passe au suivant. Un « non » c’est net. Ça ferme une porte, mais au moins tu sais de quel côté tu te trouves.
Ce qui use, c’est le rien.
Le rien ne t’apprend rien. Tu ne sais pas si c’était le prix, le timing, un concurrent mieux placé, ou si ton interlocuteur a changé de poste entre-temps. Tu restes suspendu dans une conversation qui s’est arrêtée sans que personne n’ait quitté la pièce.
J’ai mis du temps à comprendre un truc.
Dire « non » demande un effort que plus personne ne consent à fournir. Répondre pour décliner, c’est s’exposer à une relance, à une négociation, à un moment gênant. Alors on laisse mourir le fil. On se dit que l’autre finira par comprendre tout seul.
C’est devenu banal. Et c’est justement là que ça coince.
Derrière chaque relance restée sans réponse, il y a quelqu’un qui a bossé. Qui a préparé un dossier. Qui a bloqué son après-midi en croyant que la conversation méritait au moins une fin. Même brève. Même sèche. Même maladroite.
Un « non » de deux lignes, ça prend trente secondes. Trente secondes contre des jours d’attente silencieuse pour celui qui est de l’autre côté de l’écran.
On parle sans arrêt de posture, d’image, de personal branding. Répondre à quelqu’un qui t’a donné de son temps, c’est ça la vraie posture.
Si tu lis ça et qu’un mail de relance dort quelque part dans ta boîte de réception, ouvre-le. Réponds. Même trois mots. Même pour dire non.
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Eudonia
eudonia . fr
