Épisode 4 : Les plus grands bullshits de tous les temps
Ton écriture a tué ta candidature !
En 1989, à Paris, on interroge 102 entreprises.
98 utilisent la graphologie pour recruter.
Ton « t » barré trop haut ? Ambitieux.
Tes boucles arrondies ? Émotif.
Écriture penchée à droite ? Ouvert aux autres.
Imagine. T’as 27 ans, trois entretiens dans les pattes, la poignée de main ferme. Et dans un bureau au bout du couloir, une femme se penche sur ta lettre manuscrite. Elle tourne la feuille. Observe tes « l ». Fronce les sourcils. Note un « – » à côté de « rigueur ».
Tu n’auras jamais le poste.
Tu ne sauras jamais pourquoi.
La science a tranché depuis longtemps.
La British Psychological Society donne à la graphologie une validité de zéro pour prédire le comportement. Pas « faible ». Zéro. Même rang que l’astrologie.
Une méta-analyse montre que sur des textes neutres, la capacité prédictive des graphologues tombe à zéro. Des psychologues sans aucune formation en graphologie font mieux qu’eux.
En 1989, des graphologues professionnels n’ont pas fait mieux que des passants pris dans la rue.
Pourquoi ça « marche » dans la tête de ceux qui y croient ?
L’effet Barnum. Le même ressort que l’horoscope. On te dit « vous êtes consciencieux, mais il vous arrive de douter ». Tu acquiesces, bluffé. Sauf que cette phrase colle à neuf humains sur dix.
La France est le seul pays où ça a tenu aussi longtemps. Nos voisins européens : entre 2 et 8%. Nous : jusqu’à 50%. Le Ministère du Travail a fini par statuer que la graphologie « n’est établie sur aucune base scientifique ou technique ».
Elle n’évalue pas ta personnalité.
Elle mesure la pression de ton poignet, la qualité de ton stylo-bille et la température de la pièce.
Le scandale n’est pas qu’elle existe.
C’est que des carrières entières se sont jouées sur un angle de boucle.
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Eudonia
eudonia . fr
